Me Makan Diallo : « Les rapports sont remis publiquement, il serait aussi bon que l’opinion sache exactement ce qu’il est advenu de ces rapports. L’Etat doit pouvoir créer ce cadre-là pour plus de transparence…»

Suite aux cérémonies officielles de remise des rapports de l’Office Central de Lutte Contre l’Enrichissement Illicite (L’OCLEI) et du vérificateur General au Président de la Transition du Mali, la rédaction d’Info360 a approché Me Makan Diallo, Chargé de cours à l’UCAO, et Avocat inscrit aux Barreaux du Mali et de Paris. Il s’agissait de recueillir auprès du Docteur en Droit privé, la portée de ces rapports : Lisez….

 Info360 : Quelle est la portée de ces deux rapports (vérificateur Général et OCLEI) remis au Président de la transition ?

Me Makan Diallo: Je vous remercie pour cette question. À première vue, on est tenté de dire qu’il s’agit d’un rapport de plus à seule fin d’amuser la galerie. Vous savez, depuis la création de ces structures de contrôle, chaque année la remise des rapports qui épinglent certaines personnes et cadres du pays se fait officiellement avec toute la solennité requise aux plus hautes autorités.  Le hic, c’est la suite réservée à ces investigations et enquêtes.

Très souvent le volet judiciaire ne suit pas. La sanction   pénale laisse à désirer avec un résultat plus que mitigé. Il n’y a que les menus fretins qui sont souvent inquiétés. Et ce qui est encore regrettable, c’est le faible taux de recouvrement de l’argent volé, quand on sait que la lutte contre la corruption coûte extrêmement cher au budget de l’Etat. Il faut des résultats vérifiables quantifiables à hauteur de souhait. Sinon, les Maliens ne croient plus tellement à ces multiples rapports et leurs suites.

Néanmoins, aujourd’hui, il apparaît clairement que les données ont changé. La transition actuelle est résolument déterminée à lutter efficacement contre la corruption et la délinquance financière et entend aboutir à un résultat probant. La volonté politique est là. Les plus hautes autorités du pays veulent une gouvernance vertueuse. Elles sont déterminées à sévir contre tous les délinquants financiers sans exception. Rendre gorge à tous ceux qui ont détourné les deniers publics.

Pour une fois, on peut sans risque de se tromper, affirmer que ces rapports ne vont pas dormir au fond des tiroirs. Que les prochains jours et prochains mois vont être rudes pour les criminels à col blanc. La volonté et la détermination des plus hautes autorités sont réelles. Le soutien et l’accompagnement des Maliens sont nécessaires pour mener cette lutte ô combien salvatrice pour notre pays. Il faut sortir de la langue de bois, la corruption a fait mal à ce pays. Il est grand temps à défaut d’éradiquer le phénomène, le réduire à sa plus simple expression. Et pour cela, il faut sanctionner sans état d’âme. L’impunité doit cesser. Avec cette équipe, l’espoir est permis.

Info360 : Peut-on dire que le vrai déclenchement de la lutte contre la corruption a commencé ?

Me Diallo : Je rappelle que l’actuel Ministre de la justice était il y a quelques mois seulement, le Procureur en charge du Pôle Economique. Ce qui veut tout dire. Le parquet qu’il avait en charge est toujours là avec la même équipe, la même détermination. Mieux, aujourd’hui la volonté politique pour lutter contre la corruption et la délinquance financière dans notre pays est affirmée au plus haut sommet de l’Etat. Il faut juste voir le travail colossal que les autorités de poursuites sont en train d’abattre au quotidien dans les différentes juridictions pour se rendre compte que la machine répressive est déjà en marche. Le rouleau compresseur de la justice se déploie méthodiquement et efficacement au grand bonheur du peuple malien.

Info360 : Quel appel avez-vous à lancer aux plus hautes autorités de la transition?

Me Diallo : Vous savez quand on a la vérité avec soi, on ne peut et on ne doit pas avoir peur ! Aujourd’hui, l’actuelle équipe est sur le bon chemin. Elle est en phase avec le peuple Malien. Avec une telle légitimité, un tel adoubement, elle doit agir dans le sens d’une lutte implacable contre ce fléau. Comme dirait l’autre, tolérance zéro.  L’impunité qui a fait le lit de beaucoup de dérives dans notre pays doit être combattue. En cela les juges sont fortement interpellés afin que justice soit faite. Il faut sévir.

Vous savez en droit Pénal, la sanction au-delà de sa fonction de rédemption, est aussi PÉDAGOGIQUE. En sanctionnant ces délinquants financiers, d’aucuns réfléchiront à deux fois avant de toucher aux biens publics. La case prison est dissuasive sans compter la réprobation, la honte sociale. Il faut juste faire comme les États sérieux, est à dire que quand on viole la loi, la sanction doit nécessairement tomber. Et nul n’est au dessus de la loi.  W. W

Dernière chose et j’en aurai terminé. Puisque les rapports sont remis publiquement, officiellement, il serait de bon ton aussi que l’opinion sache exactement ce qu’il est advenu de ces rapports au niveau de la justice. Dit autrement quelle suite judiciaire a été réservée à ces rapports et partant faire une évaluation quantitative de la chaîne de répression et du taux de recouvrement des montants détournés. L’Etat doit pouvoir créer ce cadre là pour plus de transparence.

Je vous remercie.

La Rédaction

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